Le digital marocain est-il immunisé contre le Covid-19 ? - Image

Crédit : MIT (Tiphaine Ruppert-Abbadi)


Auteur : Tiphaine Ruppert | 16-04-2020 | Tags: Covid19 Coronavirus Crise_économique

La crise liée à la pandémie de Covid-19 est inédite par son ampleur. Selon les observateurs, elle diffère de celle de 2008 ou même de celle de 1929 car elle touche l’ensemble des secteurs économiques au niveau international.

L’économie digitale marocaine fait-elle partie des « blessés »? Pour Hamza Aboulfeth, dirigeant de la société Genious, un service d’hébergement internet au Maroc, cela ne fait aucun doute.

Et de s’appuyer sur son propre exemple : « Quand la crise ne touche qu’un secteur, on peut survivre car cela ne concerne qu’une minorité de nos clients [qui proviennent de tout type d’industries] et les services en ligne continuent de fonctionner. Là, clairement, elle touche tous les secteurs d’activité qui se trouvent au même moment dans la même galère. In fine, ça nous impacte. Si nos clients ont du mal à faire du chiffre, ils auront du mal à dégager du bénéfice pour payer leurs charges. Le problème est là : un manque de liquidité énorme qui se répercute en retards de paiement, annulations de services, etc. ».

Le numérique : un atout, pas une recette miracle

Certes, les entreprises numériques subissent moins le confinement que d’autres car les habitudes du travail dématérialisé sont acquises, et la clientèle se trouve déjà parfois à des milliers de kilomètres. « Pour moi, le siège d’une entreprise digitale, c’est le cloud. Tu peux travailler partout où tu es du moment que tu as une connexion internet. Cela donne une longueur d’avance sur les autres », admet le professionnel pour qui la digitalisation de la société marocaine est un passage obligé. Pour autant, le choc n’est pas indolore pour le tissu entrepreneurial.

Aussi, il se montre peu optimiste. « Je ne pense pas le secteur du digital sortira spécialement renforcé. Le digital est un atout, mais il se greffe à une économie existante. Si celle-ci est déjà affaiblie, le mal est fait ! Je pense que l’audimat dans l’audiovisuel n’a jamais été aussi haut au Maroc, pourtant le business ne va forcément avec. Idem pour les sites d’information dont le trafic explose : cela n’engendre pas plus de monétisation car personne ne communique, n’achète de publicité. C’est un cercle vicieux, avec un grave impact ».

Des effets positifs à long terme

Redouane Moubarik, professeur d’économie et de stratégie digitale à l’ENCG de Marrakech et intervenant auprès de plusieurs écoles privées de la ville, se veut moins fataliste. « Je pense que sur le long terme, cette crise va faire bouger les économies mondiales », y compris marocaine, même s’il ne nie pas la difficulté présente.

« Le développement de l’économie digitale est limité, entre autres, par les croyances des utilisateurs. Au Maroc, les gens n’ont pas confiance en l’outil numérique, mais c’est en train de changer », constate-t-il. Selon lui, des personnes qui ne connaissaient pas des applications comme Glovo, il y a encore quelques semaines, en font désormais l’expérience. Le paiement en ligne se démocratise, tout comme les outils de visio-conférence. « Les Marocains se sont adaptés rapidement à la situation. Pendant longtemps, nous [leur apportions] une solution de confort, mais aujourd’hui nous sommes en train de livrer des produits essentiels à la population […] Cette crise donne une visibilité unique du e-commerce et des services digitaux de manière générale », témoigne-t-on à la tête de Jumia Maroc, mastodonte de l’e-commerce dans le Royaume.

Et Redouane Moubarik de reprendre : « Le Covid-19 éduque les gens à la consommation digitale, il va créer un nouveau souffle pour ce pan de l’économie au Maroc ».