Covid-19 : Après la crise, quelles perspectives pour le digital marocain en France ? - Image


Auteur : Agence MIT | 21-04-2020 | Tags: Coronavirus Crise_économique maroc digital COVID19 COVID19MAROC E-COMMERCE Sous-traitance

En France, comme partout dans le monde, les mesures de confinement ont eu entre autres conséquences de bouleverser l’ensemble de l’économie réelle. Le pays, au ralenti, est entré en récession le 8 avril. Son PIB a chuté de 6 % au premier trimestre 2020.

En quelques semaines, les habitants, les travailleurs, les entreprises ont dû intégrer de nouveaux usages. « Le numérique joue un rôle clé pour limiter les effets de la crise actuelle, qui est un puissant accélérateur de la transition […] Chacun réalise que [ce] n’est pas qu’un gadget. Il y aura une attente très forte », prévoit Laurent Rojey, directeur général délégué au numérique au sein de l’Agence nationale de la cohésion des territoires.

Essor de l’e-commerce et nouvelles organisations

En Europe, les chiffres traduisent déjà en partie le phénomène : entre les semaines du 17 février et du 9 mars, +39 % de trafic vers les sites marchands en Italie ; en Allemagne +20 %.

La France s’est révélée plus timide, avec seulement 1 % de trafic en plus vers les applications des supermarchés et des épiceries. Néanmoins, les Français auraient passé 15 % de temps supplémentaire sur leur mobile au cours du premier trimestre 2020. Dans le monde, le téléchargement d’applications aurait généré la somme de 23,4 milliards de dollars.

Selon les experts du digital, l’e-commerce a un immense défi à relever. Les prestataires dotés d’un site performant semblent mieux tenir le choc provoqué par la pandémie. Il faudra donc se transformer, ou s’améliorer… mais vite.

De quoi donner du travail aux entreprises de développement web et mobile. « Nous sommes en lien avec un certain nombre d’acteurs économiques, très durement touchés, mais qui voient dans cette accélération de la numérisation une opportunité. Avec l’affranchissement des distances, on peut imaginer que l’organisation sera repensée, les modèles localisés différemment », plus forcément autour des métropoles, estime Laurent Rojey.

De nouveaux créneaux pour la sous-traitance

Dans cette nouvelle équation, quid des prestataires de services numériques marocains ? Au Maroc le business de l’externalisation concerne une centaine de milliers d’emplois dans les technologies de l’information, les processus d’affaires et la gestion de la relation client.

À l’heure actuelle, le secteur est lui aussi impacté : par exemple, les centres d’appels connaissent entre 20 et 40 % de baisse d’activité. Youssef Chraibi, président de la Fédération marocaine de l’outsourcing, interrogé par Atlantic radio, anticipe pourtant avec confiance « des exigences différentes en matière de diversification de zones de production », ainsi qu’un développement accéléré des systèmes d’automatisation et d’intelligence artificielle.

De son côté, Redouane Moubarik, professeur d’économie et de stratégie digitale à l’ENCG de Marrakech et intervenant auprès de plusieurs écoles privées de la ville, défend lui aussi une sortie de crise favorable pour l’offshoring, dans une logique « de gagnant-gagnant ». Selon lui, les entreprises françaises devraient amplifier leur stratégie d’externalisation au Maroc, toujours attractif en matière de coût, tandis que le Royaume bénéficierait de nombreuses créations d’emplois.

Il voit la situation actuelle comme « un accélérateur des échanges mondiaux ». « Avec le Covid-19, la consommation va davantage se standardiser. » Si les multinationales ont tout à gagner, elles ne seront pas les seules. « Les petites entreprises et les start-ups, de plus en plus flexibles,  peuvent travailler sur certains créneaux tout en profitant de l’avantage concurrentiel sur le marché international. Je suis persuadé que cela jouera en faveur des entreprises marocaines car d’autres créneaux de sous-traitance vont se créer avec la globalisation. »

Quant à la résistance de l’économie digitale, il estime : « Les entreprises marocaines ayant déjà effectué leur transition [au moins en partie] auront un gros avantage sur les autres, qui vont devoir s’adapter à ce contexte ».