Acteurs de l’expertise-comptable, soyez agiles ! - Image


Auteur : Tiphaine Ruppert | 07-05-2019 | Tags: comptabilité experts-comptables digitalisation des cabinets comptables stratégie digitale cabinets comptables digitalisation marocaine fédération marocaine des technologies de l’information télécommunications et de l’offshoring maroc digital managment

Un seul mot : digitalisation. Partout à l’œuvre, elle balaye d’un clic l’image persistante du comptable griffonnant ses bilans, crayon dans une main, calculatrice dans l’autre. Elle est l’un des grands enjeux d’une profession qui doit par ailleurs s’adapter à de nombreuses évolutions réglementaires, ainsi qu’à sa mutation démographique.

C’est quoi la digitalisation ?

Concrètement, le terme « digitalisation » recouvre la dématérialisation des flux, l’automatisation des tâches, voire leur robotisation. Cela touche tous les secteurs : les administrations, les entreprises… L’objectif est de saisir les opportunités économiques que procurent les nouvelles technologies. C’est une autre approche du service.

Cependant, entrer dans l’ère digitale ne consiste pas seulement à doter son cabinet d’un ordinateur dernier cri et à utiliser un logiciel sophistiqué. Certes, l’équipement adéquat est un préalable, mais la digitalisation repose aussi sur l’état d’esprit. Le numérique est une culture ! « Devenir une entreprise digitale demande surtout une évolution des mentalités et une vraie volonté de changer afin de s’adapter à un environnement en constante mutation », déclarait Saloua Karkri-Belkziz, présidente de l’Apebi, la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring, en novembre 2018, dans les colonnes du journal Finances News hebdo.
Or, à l’heure actuelle, « il n’existe pas de culture du digitale dans les cabinets », estime de son côté Mohamed Aksim, expert-comptable à la retraite et très impliqué sur le sujet de la digitalisation.

Le client a lui aussi besoin de s’adapter : « Par exemple, les petites entreprises, qui font appel à de petites fiduciaires, sollicitent encore leur comptable pour les aider dans la télédéclaration dont elles ne maîtrisent pas la procédure, cette dernière n’étant pas encore arrêtée », illustre Aziz El Boury, propriétaire d’un cabinet comptable depuis 1993.

Recentrer les missions du comptable


Digitalisation expert comptable


La digitalisation fait bouger les lignes. Le client va devenir plus autonome techniquement mais recherchera davantage de conseils.

S’il « est encore trop tôt pour juger quelles tâches vont disparaître », selon Aziz El Boury, celles qui offrent une faible plus-value pourraient être concernées en premier lieu. C’est le cas notamment des saisies de bilans. Les outils et l’organisation pour les automatiser existent et cela permet de libérer du temps pour d’autres missions mieux valorisables financièrement.

La principale conséquence de la digitalisation de la profession est que les comptables, experts-comptables ou fiduciaires sont désormais contraints de réorienter leur rôle.

Aujourd’hui, ils n’alignent plus seulement les chiffres. Droits social, fiscal, des sociétés, gestion de la paye, mais aussi pilotage stratégique : ils accompagnent véritablement leurs clients.

Aziz El Boury de poursuivre : « Notre souhait est d’entrer pour de bon dans la dématérialisation, car elle est un plus pour traiter avec les sociétés étrangères, mais nous ne devons pas le faire à marche forcée afin de respecter aussi le rythme du marché intérieur ».

Attention concurrence !

Lorsque la digitalisation émane des cabinets eux-mêmes, elle représente une opportunité. Lorsque des acteurs tiers s’engouffrent dans la brèche, c’est un risque. Et dans nos systèmes globalisés, où récupérer, compiler et organiser des données, c’est un peu le b.a.-ba, les professionnels de la comptabilité ont des concurrents. Un peu sur le modèle des banques en lignes, des plateformes entièrement robotisées tirent les prix vers le bas. Face à ces acteurs « low-cost », les comptables, experts-comptables ou fiduciaires ne sont pas sans ressources. De nombreuses solutions techniques existent déjà. « Pour notre part, nous élaborons deux produits répondant à des exigences différentes de la part des clients, détaille Mohamed Ahamada directeur technique de la société MIT. Le premier est une sorte « d’Uber » de la comptabilité, afin de permettre au comptable de se concentrer sur les missions non-automatisables. Cet outil va assez loin dans le processus de digitalisation et tous les cabinets n’ont pas ce besoin. » L’autre produit vise à faciliter la gestion de fiduciaires marocaines (gestion RH, documents, suivi clients, états fiscaux). « C’est un logiciel plus traditionnel. Contrairement au premier, il ne remplace pas le travaille au cabinet », complète Mohamed Ahamada.

Accompagner les cabinets

Dans le développement de ces outils, la concurrence est, là aussi, sévère. « De gros acteurs ont déjà créés des logiciels performants et ont une expertise, mais de nouvelles approches sont possibles ». Elles reposent surtout sur l’accompagnement des cabinets dans l’acquisition de leur culture numérique : « Des clients ont peur de l’ordinateur car ils ne savent pas s’en servir, donc acheter un logiciel onéreux ne leur convient pas. Il faut un compromis. Dans nos offres, nous proposons le suivi et la formation du personnel à nos outils. Nous mettons même des tutoriels sur You Tube ! ».